Les enfants adoptés ont besoin de plus que de l'amour.

lundi 17 janvier 2011

20 et quelques choses que j’ai apprises grâce à ma fille adoptive

Avant d'avoir des enfants, je n'avais que très peu d'idées sur ce que cela représentait vraiment au quotidien. Chaque nouvelle expérience nous amène à grandir et à sortir de notre bulle de confort. Nos enfants sont nos maîtres instructeurs :) Voici quelques leçons apprises de ma fille.

L’adoption n’est pas un second choix, quelque soit le chemin qui nous y a mené.

Je ne ressens aucune différence entre mon enfant biologique et mon enfant adoptée (9 mois de grossesse + 12 à 24 heures de travail dans la douleur et la fatigue vers un enfant inconnu) contre (1 à 3 ans de paperasses, d’attente et d’incertitude + 4 jours de voyage dans la fatigue vers un enfant inconnu). Quand je les ai eus dans mes bras, j’ai paniqué et je les ai aimés tout autant!

Aller chercher ma fille en Chine a été très utile pour créer un lien. Je connais un peu son pays, son orphelinat, on peut en parler ensemble et regarder les photos. Ça lui a permis aussi de vivre son adoption moins brusquement : tout d’abord sortir de l’orphelinat et faire ma connaissance, tout en étant environnée d’odeurs et de sons familiers. Ensuite changer de pays et de vie.

Le bébé adopté survit à de nombreux traumatismes : parfois la grossesse difficile de sa mère, le rejet à la naissance, un réveil seul dans la rue sans sa mère, trimbalé de bras en bras par des étrangers qui ne savent pas quoi en faire, la vie dans un orphelinat remplie d’autres enfants, pas de câlins et des horaires de caserne militaire.

Sortir mon enfant de l’orphelinat a provoqué un nouveau traumatisme. Elle s’était finalement habituée à une vie très régulière, avec peu de contacts, entourée d’autres bébés. Je l’ai sortie de sa routine pour une relation à deux, sans aucun repères ; une voix, une langue, des odeurs inconnues, un seul autre enfant dans la famille, une chambre seule.

Beaucoup de gens vous diront que les enfants ne peuvent pas être traumatisés par leur abandon, que les bébés n’ont pas de souvenirs. Ne les croyez pas, leurs connaissances sur le sujet sont la plupart du temps nulles, ils n’ont pas été adoptés, n’ont pas adopté d’enfant et n’ont rien lu sur le sujet.

Le premier pont que les enfants adoptés ont traversé s’est brisé sous leurs pas. Leur famille adoptive est le 2e pont qu’ils empruntent et ils ont encore peur que ça brise, ce qui les rend un peu nerveux et en état d’alerte permanent. (Johanne Lemieux)

Je serai éternellement reconnaissante envers les parents biologiques de mon enfant qui ont mis sur ma route cette petite personne fantastique. Je l’aime avec son passé. Aucun regret de ne pas l’avoir portée, car je n’aurais pas pu la faire telle qu’elle est.

Je suis fière de ses origines et de sa culture. Sa culture d’origine représente sa mère biologique, donc je dois la respecter et la lui rendre accessible.

Je fais équipe avec sa mère biologique. Si elle l’a déposée devant un orphelinat c’est qu’elle espérait qu’elle serait recueillie et adoptée. Je prends le relai pour élever cette enfant et personne ne peut le contester, même ma fille les jours de frustration.

Quelque part en Chine, il y a une femme qui pense à ma fille.

L’adoption internationale n’est pas une solution idéale, ni les orphelinats. C’est le symptôme d’une grande détresse des femmes.

Les origines de ma fille, ses parents biologiques et l’adoption sont des sujets ouverts dont on parle régulièrement sans tabou ni gêne.

J’ai augmenté ma capacité parentale pour faire place à une enfant qui a été blessée dès les premiers mois de sa vie. Elle est trop fragile pour supporter mes propres blessures et a besoin de quelqu’un de solide sur qui s’appuyer.

Adopter est un projet à double sens : J’adopte un enfant qui m’adopte par la suite, s’il le désire. Mon enfant aurait pu refuser de s’attacher à moi et à notre famille.

Les mots blessent ou guérissent. J’ai appris à changer ma façon de m’exprimer et à utiliser un vocabulaire plus précis

L’adoption internationale participe – comme les mariages et les voyages – à l’évolution de notre conscience de village global et notre acceptation des différences.

Ma fille a droit à son intimité et peut ne pas avoir envie de répondre – ou que moi je réponde – aux questions concernant son origine. Elle a le droit à sa vie privée et à être considérée d’abord comme une enfant, plutôt que comme une adoptée.

L’évolution d’un enfant adopté suit sa propre courbe. Très indépendant et très performant à l’école, il peut avoir besoin de redevenir un bébé à la maison.

Avoir des enfants c’est lâcher-prise.

Et vous, qu’est-ce que votre enfant vous a appris?

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