jeudi 28 mai 2009
Ce que les enfants adoptés ne veulent pas entendre
Dans Adoption Healing... a path to Recovery, il fait un tour des commentaires assassins que les enfants adoptés entendent souvent :
Tu as été abandonné.
Tu es spécial car tu as été adopté.
Tu as été choisi.
Tu as de la chance.
Ta mère de naissance t'a tellement aimé qu'elle t'a laissé.
Pourquoi t'intéresses-tu à quelqu'un qui n'a pas voulu de toi?
Pourquoi t'intéresses-tu à quelqu'un que tu n'as jamais connu?
Si elle t'avait aimé, elle ne t'aurait pas abandonné.
Si un jour tu la retrouves tu vas la déranger.
Tu devrais faire attention à ce que tu désires, car tu pourrais l'obtenir.
Attention à ce que tu fais, tu pourrais avoir de mauvaises surprises en ouvrant cette boîte de Pandore.
Depuis que tu la recherches, tu es obsédé.
Si elle ne voulait pas de toi avant, elle ne voudra pas de toi maintenant.
Ça n'a pas d'importance.
De toutes façons, les bébés ne se souviennent de rien.
Reviens-en!
Tu es trop sensible.
Oublie ça vite.
Tu es égoïste et irrespectueux.
Tu n'as pas l'air d'un enfant adopté.
C'est ton destin.
Tu ne devrais pas être en colère.
Tu ne devrais pas être triste.
Mais tes parents adoptifs t'aiment tellement !
Tu fais de la peine à tes parents adoptifs.
Tu n'as aucun respect pour tes parents adoptifs.
Qu'est-ce qu'il y a, tes parents adoptifs ne sont pas assez bons pour toi?
Tu es ingrat.
De combien de mères as-tu besoin?
Traduit de l'anglais par Hélène Duchesneau
lundi 25 mai 2009
Changer les mots, donner un sens
À huit ans, Yu Ping en parle très facilement et sans malaise. Mais elle va probablement traverser des périodes de sa vie au cours desquelles ce sera plus difficile. Lorsqu'elle sera fatiguée d'être toujours étiquetée d'enfant adoptée, ou lorsqu'elle aura une grosse crise de tristesse en pensant à sa mère biologique. Lorsque les réponses que nous lui donnons ne suffirons plus ou lorsqu'un copain de classe lui lancera une vacherie facile sur sa famille. Je ne peux rien changer à ce qu'elle vit, mais je peux toujours me montrer disponible, sans tabou, prête à l'écouter, à lui fournir des pistes de réflexion, et prête moi aussi à aller chercher de l'aide et des conseils. Je peux aussi utiliser des mots qui donnent un sens à son passé.
Les mots sont des armes puissantes. Au-delà des définitions du dictionnaire ils sont chargés d'émotions et de connotations. Bien nommer c'est bien comprendre et ne pas blesser inutilement.
Les mots qui soignent :
Parents et enfants de naissance, biologiques
Un enfant né hors mariage, né d'une mère mono parentale
Le parent a été relevé de ses droits parentaux
Le parent ne pouvait plus s'en occuper
L'enfant s'est joint à notre famille
Une adoption a été arrangée
Mon enfant (tout simplement sans autre étiquette)
Chercher, réunir, prendre contact avec sa famille de naissance ou biologique
Les mots qui blessent :
Vrais parents, parents naturels
Enfant illégitime, bâtard, enfant non désiré
Donné en adoption, abandonné
Leur propre enfant, leur vrai enfant
Le parent l'a donné en adoption
Mon enfant adopté
Retrouver sa vraie famille.
Éduquez également votre entourage !
Dans mon prochain message, je vous parlerai de ce que les enfants adoptés ne veulent pas entendre!
mercredi 20 mai 2009
Les 12 caractéristiques de l'enfant adopté (suite)
Un environnement stable aide votre enfant à prendre racine. Pendant ses douze premiers mois avec vous, changez le moins de choses possibles dans son environnement : maison, décoration, chambre. Attendez un an aussi avant de commencer la garderie (la crèche), afin qu'il ait le temps de prendre ses repères, de s'attacher solidement à vous (comprendre que vous n'êtes pas une nourrice de plus) et de se sentir en sécurité. Ensuite, il est toujours conseillé de garder une certaine stabilité dans vos vies, pour limiter les situations anxiogènes.
Pour l'enfant désarmé par une interdiction : rassurez-le et trouvez un compromis. Si vous refusez de le porter, proposez-lui de le prendre par la main. Si vous ne pouvez pas jouer avec lui tout de suite, proposez-lui un peu plus tard, etc. L'important est de ne pas fermer la porte et de garder le dialogue.
L'enfant charmeur avec tout le monde doit apprendre à faire la distinction entre sa famille et les étrangers, en étant plus réservé et distant avec ces derniers.
L'enfant adopté a besoin plus que les autres d'entendre dire qu'on l'aime, pour toujours, d'un amour inconditionnel, quels que soient ses comportements. N'oubliez pas que des choses évidentes pour vous ne le sont pas toujours pour lui. Son premier abandon, et les ruptures qui ont suivi, sont imprégnés en lui pour la vie, consciemment ou non. Il arrive souvent à Yu Ping de me demander si je l'aime. Même à 8 ans, il faut que je lui rappelle que ce sont ses actes auxquels je dis non, et pas à elle.
Si votre enfant cache de la nourriture, soyez compréhensif et laissez faire. Montrez que vous comprenez son geste et sa cause. Expliquez qu'il peut se faire une réserve d'aliments si ça le rassure, du moment qu'ils ne sont pas périssables, mais qu'il y a toujours de la nourriture disponible dans la cuisine.
Un enfant qui se berce reproduit le geste qui l'a aidé à survivre. Montrez votre appréciation de sa créativité et la force de son instinct de survie. Rassurez-le en expliquant qu'il n'a plus à le faire maintenant, puisque vous êtes là pour répondre à ses besoins.
Voici un petit livre très émouvant sur le thème de l'amour inconditionnel et que nous lisons régulièrement : Je t'aimerai toujours de Robert N. Munsch.
jeudi 14 mai 2009
Johanne Lemieux : Les 12 caractéristiques de l'enfant adopté
- Un instinct de survie très puissant.
- La capacité de passer de la séduction à l'indifférence : séduction pour obtenir ce dont il a besoin (comme avec les nounous de l'orphelinat) ensuite indifférence. Il n'a reçu de l'affection qu'à petite dose, et peut se sentir étouffé par trop de démonstrations.
- La peur exagérée du rejet et de l'abandon : il se fie a son expérience. C'est tellement fort, que même un non je ne peux pas jouer avec toi, peut être pris pour du rejet.
- La non-permanence : puisqu'il a déjà été arraché à sa mère, à des nounous, à son orphelinat, il peut croire, même après plusieurs années, que sa famille adoptive n'est que temporaire, et qu'il en sera rejeté s'il ne correspond pas aux attentes.
- La reproduction des modèles qui lui ont permis de survivre : cacher de la nourriture, se bercer.
- Des phases de régression en situations de stress ou devant un changement : retour à un sommeil difficile, envie de faire le bébé. Mais ce qui régresse rebondit!
- Un comportement teflon ou velcro : certains enfants ont ces deux attitudes en alternance, d'autres une seule. Si ça dure trop longtemps, ça peut cacher un trouble de l'attachement.
- La fragilité de ses besoins primaires : plus un comportement dure longtemps, plus il y a des chances qu'il en ait beaucoup souffert. Un enfant qui continue à cacher de la nourriture après plusieurs années a certainement eu très faim.
- L'instinct du petit saumon : le désir impérieux de connaître ses origines. Même s'il n'est pas commun à tous, cet instinct est naturel et ne remet absolument pas en question son attachement à sa famille adoptive. Les parents biologiques de l'enfant doivent faire partie de notre vie.
- Un développement en escalier : il a été fragilisé dans ses besoins fondamentaux et doit aller à son propre rythme irrégulier.
- Impossible de le comparer aux autres : après son arrivée dans sa famille adoptive, il va se développer à une vitesse exceptionnelle pour s'adapter (la langue, la nourriture, les odeurs, les bruits, tout est nouveau même les personnes qui l'entourent. Ce n'est pas un voyage touristique pour lui, mais encore une épreuve de survie) et plus lentement pour d'autres. Physiquement aussi, il va être plus petit que les autres enfants de son âge, ou marcher plus tard.
- Un sommeil difficile : refus de dormir seul, terreurs nocturnes, cauchemars, sommeil agité. Avec les défis énormes qu'il relève chaque jour, son passé toujours imprégné en lui, son cerveau fait le ménage la nuit. S'endormir peut aussi être terrifiant, car il ne sait pas si on ne va pas encore l'abandonner ou l'enlever. La solitude d'une chambre peut être très déstabilisante, alors qu'il a dormi pendant des mois dans un dortoir plein d'enfants.
Ceci est un résumé d'une conférence de Johanne Lemieux. Dans mon prochain billet, je vous donnerai quelques uns de ses conseils aux parents.
Le portail québécois MeAnomadis regorge d'informations sur les droits de l'enfance internationale dans les domaines de l'abandon, de l'adoption, de la migration et de l'interculturalisme. Je crois que le docteur Jean-François Chicoine et Johanne Lemieux en sont les principaux instigateurs, en tout cas, ils y écrivent beaucoup.
mardi 12 mai 2009
Yu Ping ou Jade?
Les deux parents doivent confronter leurs goûts, leurs références familiales, leurs préjugés. Et s'ils sont issus de deux cultures différentes, il y a encore plus de décalage : ce qui fait jeune pour l'un ressemble au prénom de la vieille tante de l'autre.
Avec un enfant adopté, vous ajoutez un peu de piment à la chose, car il a déjà un nom. Il existe ailleurs sans vous, et vous ne pouvez pas attendre de l'avoir dans vos bras pour vous décider.
Devez-vous garder son prénom d'origine ou lui en donner un nouveau ?
Pour vous aider à prendre une décision, voici quelques pistes de réflexion :
Garder son prénom
Permet de ne pas couper ses racines. Signifie à l'enfant qu'il est la même personne même s'il change de pays et de famille.
Changer son prénom
Symbolise sa nouvelle vie. Permet une meilleure insertion avec ses copains, car il ne se sentira pas différent à ce niveau. Évite les prénoms difficiles à prononcer ou à écrire, même pour sa famille.
Si vous faites ce choix, gardez quand même tous ses noms d'origine, en plus du nouveau prénom usuel, afin : qu'il les connaisse bien, qu'il sente que son passé fait partie de lui et que vous l'acceptez, et qu'il puisse les utiliser plus tard si bon lui semble.
vendredi 8 mai 2009
Quand la fête des Mères prend tout son sens
La fête des Mères est dimanche prochain au Québec, et pour certains enfants adoptés, elle peut être difficile à vivre car pour eux c'est vraiment la fête des mères!Hier ma fille me parlait des cadeaux qu'elle me préparait pour dimanche (Elle a toujours eu du mal à garder ce genre de secrets) et j'en ai profité pour lui en parler :
- Tu dois penser à ta maman de Chine en ce moment?
- Oui je pense à elle. Je ne sais même pas si elle est vivante.
- Ça doit te rendre très triste. Veux-tu lui faire un dessin?
- Oui, mais elle ne le verra jamais!
- Non c'est vrai, mais c'est une belle pensée pour elle. On va acheter un cahier dans lequel tu écriras et dessineras ce que tu veux, et on le rangera dans ta boîte de souvenirs de Chine.
- (Sourire éclatant)
C'est une question que je lui pose de temps en temps dans l'année. Pour sonder le terrain et lui montrer que je suis disponible pour en parler. Elle ne me répond jamais non.
Quelques mots qui donnent un sens :
Si ta mère biologique t'a portée neuf mois, en sachant qu'elle ne pourrait pas te garder, c'est qu'elle voulait être ta mère. Elle était en situation de survie.
Si ta mère biologique t'a amenée à l'orphelinat, c'est qu'elle approuvait ton adoption.
Ta mère ne t'a pas abandonnée par ce que c'était toi, ou elle, mais parce que c'était le moment, le pays, les lois. Je fais équipe avec elle et je l'aime beaucoup parce que c'est grâce à elle que tu existes et que je te connais.
Pour finir, j'ajoute deux livres très importants à ma liste de lecture :
Chinoises : Vous aurez une bonne idée de ce qu'a pu vivre la mère biologique de votre fille en lisant ce recueil de témoignages de mères chinoises qui expliquent pourquoi elles n'ont pas pu garder leur enfant et comment elles l'ont abandonné. Elles se sont confiées au cours d'une émission de radio nocturne animée par Xinran, qui a ensuite décidé de lever le voile sur la terrible condition de ces femmes. Troublant et déchirant.
Le journal de Ma Yan : Encore une histoire vraie, celle d'une jeune fille brillante que ses parents ne peuvent plus envoyer à l'école. Sa mère confie son journal à des journalistes français qui le publient. Gros succès ! L'argent récolté servira à ouvrir une école pour filles dans la région terriblement pauvre de Ma Yan.
Joyeuse fête à toutes les mères qui ont portés nos enfants et à vous toutes qui les aimez maintenant!
mercredi 6 mai 2009
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mardi 5 mai 2009
Adoption internationale, l'amour ne suffit pas
